|
Comment la coccinelle asiatique est-elle arrivée en Europe ? Pourquoi pullule-t-elle en ce moment ? Quelles sont les routes de l’invasion ? Comment s’en débarrasser ? Trois chercheurs* de l’Inra de Montpellier et de Sophia-Antipolis répondent à nos questions… |
Dans le Nord Est de la France et le Bassin parisien, on assiste à des pullulations de coccinelles d’origine asiatique. Elles se regroupent par centaines ou milliers sur les murs des habitations ou à l’intérieur pour y passer l’hiver. Ces pullulations ont déjà été observées en Belgique en 2001 et se sont renouvelées et amplifiées depuis. Elles ont été observées dans le Nord Est de la France en 2004, elles y sont particulièrement fréquentes cette année et atteignent désormais le Bassin Parisien.
|
|
|
|
|
|
Les coccinelles asiatiques ne se nourrissent pas et ne se reproduisent pas dans les maisons. Elles les quittent au printemps. Elles n’abîment donc rien (sauf des taches jaunes si elles sont écrasées). Lorsqu’elles sont dérangées, elles peuvent émettre une substance malodorante et toxique pour leurs prédateurs, mais sans danger pour l’homme. Aux États-Unis, des rares cas d’allergies à ces coccinelles ont cependant été signalés.
Très polyphage et très vorace, la coccinelle asiatique est capable de résister au froid et semble capable de s’adapter à de nombreux milieux. Dans certaines zones envahies, elle devient l’espèce de coccinelle la plus abondante, et menace ainsi, au moins transitoirement, l’équilibre des écosystèmes. En s’attaquant occasionnellement aux fruits comme le raisin, elle peut diminuer la qualité de la vendange.
Cette coccinelle d’origine asiatique s’appelle Harmonia axyridis. Comme ses cousines européennes, elle dévore les pucerons, ce qui en fait une alliée intéressante pour la lutte
biologique. Et comme toutes les coccinelles, elle passe l’hiver à l’état adulte. Elle se reproduit au printemps et pond des œufs qui donnent naissance à des larves qui se nourrissent elles aussi
de pucerons. Plusieurs cycles de reproduction peuvent se succéder jusqu’à l’automne.
La coccinelle asiatique peut s’attaquer à d’autres insectes que les pucerons (des psylles, des cochenilles, mais aussi des larves d’autres coccinelles) ainsi qu’aux fruits de manière plus
anecdotique.
Les populations qui sont actuellement observées dans la nature sont des populations acclimatées chez nous mais, au départ, la
coccinelle asiatique est un insecte exotique, introduit de manière localisée en Europe pour lutter contre les pucerons. Importée en Europe par l’Inra en 1982, cette espèce, Harmonia
axyridis, a ensuite été produite et distribuée par plusieurs entreprises pour les horticulteurs et les jardiniers en Europe. Toutefois, l’origine des populations envahissantes et les
mécanismes évolutifs impliqués restent des questions non résolues.
En effet, si l’introduction pour la lutte biologique constitue bien l’une des hypothèses étudiées pour expliquer ces invasions, les délais entre les premières introductions, ciblées, et le début
de l’acclimatation au nouvel environnement soulèvent néanmoins des questions quant à l’origine des populations invasives. Aux États-Unis par exemple, Harmonia axyridis a été introduite
en tant qu’agent de lutte biologique dès 1916, mais les premières populations acclimatées n’ont été observées qu’à partir de 1988. En Europe, on retrouve un décalage temporel non négligeable
entre le début de l’utilisation comme agent de lutte biologique (années 80) et les premières observations dans la nature (début des années 2000). La possibilité d’une (ou plusieurs)
introduction(s) accidentelle(s) n’est donc pas à exclure. Ce d’autant plus qu’Harmonia axyridis est présente dans de nombreux pays qui constituent autant de sources potentielles : outre
les zones envahies (Amérique du Nord, Amérique du Sud, Afrique du Sud), son aire de répartition naturelle s’étend du Kazakhstan au Japon, et du sud de la Chine à la Sibérie du Sud. L’Inra mène
des recherches pour élucider l’origine des invasions en France
Des travaux de l’Inra menés dans les années 1990 ont permis de mettre au point une souche incapable de voler, donc sédentaire, qui est commercialisée par la société Biotop, depuis 2000, sous le nom de Coccibelle®. Cette dernière est donc toujours disponible dans le commerce pour les agriculteurs ou les particuliers.
Les coccinelles partent dès le début du printemps. Si elles ne gênent pas, on peut les laisser sur place. Sinon, on peut les déloger pour les capturer et les relâcher à l’extérieur dans un endroit où elles ne gêneront pas. Placées quelques heures au congélateur, elles meurent.
Un projet de recherche, prévu sur la période 2007-2010, vient de démarrer à l’Inra. Il associe des équipes de Montpellier et Sophia-Antipolis afin de comprendre les facteurs qui déterminent le succès invasif de la coccinelle asiatique Harmonia axyridis. Dans un premier temps, le travail consiste à retracer les routes d’invasion de cette coccinelle en Europe et plus généralement au niveau mondial. Pour cela, les populations natives et invasives sont caractérisées à l’aide de marqueurs génétiques. D’autres travaux portant sur l’analyse de traits d’histoire de vie de cette coccinelle (fécondité, croissance, capacité de survie, etc…) sont également prévus afin de mieux cerner les mécanismes clefs à l’origine du succès envahissant de cet insecte.
Éric Lombaert
Inra - Centre de Recherches de Sophia Antipolis
400 Route des Chappes - BP 167
06903 Sophia Antipolis Cedex France
lombaert@sophia.inra.fr
Un site Web dédié, "L'observatoire français d'Harmonia", animé par Vincent Ternois, permet la centralisation de telles informations :
http://perso.orange.fr/vinc.ternois/cote_nature/Harmonia_axyridis/index.htm