À part les légumes-fruits, pois, haricot, tomate ou courgette, combien
de jardiniers laissent aujourd’hui fleurir leurs cultures au potager ? La démarche était encore très
naturelle il y a un demi-siècle, avant le triomphe de notre société de consommation. Pour gagner du temps,
pour obtenir des légumes plus gros, plus beaux, plus hâtifs, plus productifs, nous préférons acheter
nos graines. Mais nous nous privons ainsi d’un aspect du jardinage qui ne manque pas d’intérêt pour qui souhaite observer et protéger les insectes dans son jardin.
L e potager, du printemps à l’automne en fonction des cultures, offrait toujours du nectar aux nombreux insectes butineurs qui pouvaient le fréquenter.
Aujourd’hui, alors que les ressources en fleurs sauvages s’amenuisent chaque jour un peu plus, victimes des herbicides, des broyeurs, du “nettoyage” des bords de route, pourquoi ne pas renouer avec cette tradition et offrir ainsi une oasis aux insectes du voisinage ?
Tous les légumes ne sont pas intéressants pour les insectes butineurs.
La vaste famille des Chénopodiacées, par exemple, betterave, arroche, épinard, etc. se satisfait du vent pour la fécondation.
Mais quelques groupes sont particulièrement attractifs pour les
insectes, et certaines espèces sont très décoratives en fleurs.
■ Le chou, qu’il soit branchu, pommé, rave, brocoli ou de Bruxelles, produit de petites fleurs jaunes accueillant mouches, abeilles, petits Coléoptères. La
faune des champs de colza peut s’y retrouver, comme sur les fleurs d’autres classiques des potagers :
radis, navet, rutabaga, roquette...
Les abeilles visitent assidûment les fleurs des Brassicacées, autrefois crucifères, mais, comme pour le colza, le miel peut prendre un goût que certaines
personnes trouvent désagréable.
■ Ail, oignon, poireau, ciboule et échalote font de superbes boules
de petites fleurs blanchâtres à mauve. Celles du poireau sont
particulièrement spectaculaires et décoratives. Les papillons sont
nombreux à venir les butiner, mais les cétoines et de nombreuses
mouches s’y donnent également rendez-vous. Se contentant d’une
terre assez pauvre et préférant les endroits secs, l’oignon peut être
utilisé dans un but décoratif pour meubler un endroit ingrat du parterre de fleurs.
■ Les ombellifères, ou Apiacées pour parler moderne, sont surtout représentées par des plantes
aromatiques et condimentaires :
persil, cerfeuil, aneth, fenouil, céleri, etc. Mais il y a quelques légumes traditionnels comme la
carotte, ou des oubliés à redécouvrir comme le panais. Les ombelles blanches à jaunes, rassemblant de nombreuses
petites fleurs peu profondes, attirent surtout des insectes à langue courte.
Très peu de papillons ou d’abeilles domestiques, mais beaucoup de
guêpes, de mouches, de longicornes. Le ballet est incessant, et les syrphes de toutes tailles côtoient de grosses tachinaires comme de minuscules guêpes
parasites.
■ Les composées enfin, ou Astéracées, réservent des surprises à la floraison. Si les petites fleurs jaunes des laitues sont quelconques, les inflorescences d’un bleu lumineux de chicorées sont très originales. Elles se succèdent le long d’une tige florale très ramifiée, chaque pied donnant à lui seul un bouquet complet. Celle du salsifis, au contraire, est unique au bout d’une longue tige. Sa belle couleur violette et ses grandes dimensions la place parmi mes préférées au potager fleuri. Quand elle s’ouvre au printemps, elle est appréciée des abeilles solitaires et des bourdons.
■ Les engrais verts, pour être efficaces, doivent être coupés et enfouis avant la floraison. Mais si vous en avez l’occasion, laissez
fleurir une bande de moutarde, de phacélie ou de sarrazin. Ces trois plantes sont particulièrement
mellifères et attirent une foule de butineurs. Les abeilles domestiques y sont assidues. La phacélie est particulièrement à conseiller au jardin de l’entomologiste. En conditions favorables, ne manquant ni de chaleur, ni d’eau, elle peut fleurir 6 semaines après la levée.
Sur ses fleurs s’observent pratiquement tous les insectes se nourrissant de nectar ou de pollen :
cétoines, papillons, mouches, guêpes, abeilles, bourdons. Même les perce-oreilles, consommateurs occasionnels de pollen, partent à l’assaut de ses tiges. À
moins qu’ils y chassent des proies faciles,
comme les sauterelles vertes venues profiter du garde-manger.
■ Un rang de phacélie en fleurs par-ci par-là au potager attire mouches et guêpes parasites qui iront pondre sur les chenilles et
autres larves pouvant causer des dommages aux légumes. C’est une manière de renforcer les défenses
naturelles du jardin, une lutte biologique qui ne coûte que la peine de semer et laisser fleurir quelques plants. Certains arboriculteurs
souhaitant diminuer l’utilisation de pesticides dans leur verger sèment de la phacélie entre les arbres avec un certain succès. Mais tous les légumes qui fleurissent au jardin peuvent attirer ces
auxiliaires efficaces, non toxiques et gratuits.
Alors, pourquoi ne pas essayer dès l’année prochaine ?